Archives for juillet, 2011

Marine ( Maurice Fombeure )

Posted on Juil 23, 2011 under Poèmes marins | No Comment

Lasse de l’éternelle écume,
O Sirène, plonge sans bruit.
Si la mer touchait à la nuit,
Tu pourrais siffler dans la brume.

_Cette rivière d’écume te l’interdit.

Les poissons dans les vitrines
Et les soleils des méduses,
Tout était trop clair.
_ » Marins, ce lieu n’est pas sûr,
Dit la sirène de la mer. »

Ulysse en conçut des frayeurs
Et ne fit qu’un saut chez Calypso.

La trompette de cristal,
La conque aux cloisons sonores
Lance un regret, puis encore
Lance un regret  » capital  »
Regret du pays natal.

Il partit. C’était fatal…

Lasse de l’éternelle écume,
O Sirène, plonge sans bruit.

L’épuisant après-midi ( Louis Brauquier 1900-1976 )

Posted on Juil 22, 2011 under Poèmes marins | No Comment

Mes yeux sont brûlés d’images,
Mon coeur enferme le port,
Le sang des vieux abordages
Charge mes poings que je mords.

Par la hache et la balance,
Par l’orgueil du pavillon,
Par l’échange et la vengeance
Nous sommes sur les nations,

Comme la vigie de hune
Signale les continents.
Pilotés par la Fortune
Nous dévisageons le Temps.

Quand nous regardons nos veines,
Nous rappelons les départs,
Les galères phéniciennes,
La conquête du hasard,

Le matin sur la mer fraîche
Et le soleil sur les mâts,
Le retour des proues en flèche,
Le récit des noirs combats.

Nous cherchons un capitaine,
Qui complète l’armement
Avec une âme incertaine
Pleine de fièvre et de chants.

Je n’ai donc pu rêver ( Raymond Queneau 1903-1977 )

Posted on Juil 21, 2011 under Poèmes marins | No Comment

Je n’ai donc pu rêver que de fausses manoeuvres,
vaisseau que des hasards menaient de port en port,
de havre en havre et de la naissance à la mort,
sans connaître le fret ignorant de leur oeuvre.

Marins et passagers et navire qui tangue
et ce je qui débute ont même expression,
une charte-partie ou la démolition,
mais sur ce pont se livrent des combats exsangues.

Voici : le capitaine a regardé les nuages
qui démolissaient l’horizon,
il descend dans la cale où déjà du naufrage
se profile l’inclinaison.

Voici : les rats se sauvent
et plus d’un prisonnier trouve sa délivrance.
La coquille a viré pour courir d’autres chances,
et voici : l’on innove.

Que disent les marins ? ils grimpent aux cordages
en sacrant come des loups,
ils ont passé la ligne affublés en sauvages,
voulant encor faire les fous.

Voici : ce navire entre dans d’autres eaux,
d’autres mers où les orages
n’ont pas détruit le balisage,
et voici : les marins ont fermé leurs couteaux.

Voici : ce ne sont plus vers de faux rivages
que nous appareillons.
La vie est un songe, dit-on,
mais deux c’est trop pour mon âge.

le nègre bungalow ( Pierre Seghers 1906-1987 )

Posted on Juil 20, 2011 under Poèmes marins | No Comment

Le nègre Bungalow dans son île flottante
A quatre boules bleues, quatre boules de mer
Quatre étoiles d’or pur et quatre bulles d’air
Un chandelier d’argent dont les chandelles chantent.

Une harpe qu’Eole a touchée. Ses cheveux
Le nègre Bungalow les tisse sur les planches
Sa barque est enchantée sous sa peinture blanche
Il jongle, il joue, les jours qu’il pêche sont des jeux.

Il a deux cocotiers qui donnent des amandes
Un fusil de cristal, une bague de feu
Un grand voile de ciel qu’ il décloue quand il veut
draper d’azur et d’eau ses filles de lavande.

Il tangue sur son île où le voient les poissons,
Il passe, il rit, et les étoiles le préfèrent
Les sept mages postés aux bouches de la mer
L’annoncent : Il viendra… Les constellations

retroussent dans le ciel leurs cheveux de nuages
Andromède et Vénus l’attendent. Le chanteur
va venir, et les galaxies pressent leur coeur
C’est le fait de leur nuit qu’il boit à son passage.

Il s’en vient, il s’en va de L’Arctique au Pégal,
Il souffle le bonheur dans de grandes coquilles
Des sorciers bottés se rongent sous la quille
Et son cheval marin se fait un vrai cheval

Pégase, Bungalow, Icare, Poésie…

(  » Le Domaine public « , in Le Temps des merveilles )

Cris de sable ( Louis Guillaume 1907- 1971 ) Fortune de vent

Posted on Juil 19, 2011 under Poèmes marins | No Comment

Le jour blesse la mer qui se cabre et gémit
Et le silence obscur qui frémit en toi-même

Mais le ressac éclate au reproche du vent
Tandis que nul n’entend les cris de ta poitrine.

Seule une vague dort au tréfonds de l’abîme
Qui rêve d’apaiser à jamais la tempête.

Qui saura l’écouter, cette soeur de l’oubli,
Et lira sa chanson dédiée à l’écume ?

Et quel fou tenterait d’apprivoiser ces flots,
Tous ces mots de lumière enchaînés dans le sang,

Sinon celui qui veille au coeur de ton sommeil
Et qui ferme les yeux pour baliser la nuit ?

Sur le ponton des en allés ( Pierre Osenat né en 1908 )

Posted on Juil 18, 2011 under Poèmes marins | No Comment

Sur le ponton des en allés
Où l’oursin affûte ses armes,
Au port des coeurs mal consolés
L’Ankou vient usiner des larmes.

Au port où l’équinoxe aboie,
Connivence des goélands,
Le café clôt ses contrevents,
Se signent les filles de joie.

Au port des amours sans visage
On entend la cloche des eaux
Sonner l’appel du long passage
Et gémir l’âme des bateaux.

Beau matelot pour une femme,
Algue verte au bras des brisants,
Ton corps se tord, roule à la lame,
C’est pourquoi la mer pleure blanc.

Il n’y a plus de port à l’île,
L’éternité reprend son dû
Et l’on voit le marin perdu
Mettre le cap sur l’Evangile.

Veille ( Henri Queffélec 1910-1992 )

Posted on Juil 17, 2011 under Poèmes marins | No Comment

Devant les invisibles murs,
Est jetée l’ancre rouillée.
Tout est noir dans la ville ;
Nul feu sur le navire.
Le calme plat gît sur la mer,
Affalée comme un chien qui jeûne.
Quand repartirons-nous, dans le cercueil de nos paupières,

Sur la mer, et nous croirons dormir ?

Crépuscule ( Henri Queffélec 1910-1992 )

Posted on Juil 16, 2011 under Poèmes marins | No Comment

Le jour glisse avec la lenteur d’un voile au long d’un mât,
Bouche pleine de lait, se retire.
Le jour glisse avec longueur…
Des cris se posent sur le calme des avirons tranquilles,
De tout le port qui s’enfonce dans une douceur longue ;
Des rames au chant huilé sondent la profondeur calme,
Un feu faible s’allume…
Un choc rive le silence,
La nuit imprègne le ciel,
Le ciel sans énergie,
Comme un enfant qui commence à dormir se dévêt,
et s’évanouit sur le sable un homme qui se traîne…

Port ( Henri Queffélec 1910-1992 ) ( Sur la lisière )

Posted on Juil 15, 2011 under Poèmes marins | No Comment

Feux de bateaux dans la nuit,
Posés comme des linges…
Un phare qu’on réveille entrouve ses paupières,
et contemple un moment les troupeaux endormis.

Départ ( Luc Estang 1911-1992 )

Posted on Juil 14, 2011 under Poèmes marins | No Comment

J’ai lâché sur la mer un voilier de haut bord,
entraîné par de blancs oiseaux venus du Nord,
dont les ailes battaient le rythme des voilures.

Je savais que le vent se lèverait plus tard
à mi-chemin de ces frontières du hasard
que le nuage errant franchit à lente allure.

Qu’espéraient-ils, quels mots d’au-revoir mensongers,
ceux-là qui me voyaient partir, seul passager
d’un navire promis aux grandes aventures ?

Que la vague, naissante et claire à l’infini,
meure à vos pieds, sableuse et rouleuse de nuit,
et j’aurai dépassé les horizons suprêmes ;

Brume dans les haubans, fuite dans l’inconnu,
les cheveux lourds de sel, le corps à demi nu
et le vaste ciel noir déployé comme emblème,

Ils ont guetté longtemps l’envol des remorqueurs.
Moi, sans me retourner, debout, les poings au coeur,
je respirais la vie au-delà de moi-même.

( Les Quatre Eléments )