Archives for juin, 2011

La vague ( Guillevic )

Posted on Juin 03, 2011 under Poèmes marins | No Comment

Pour se faufiler
Dans l’étroit. canal
Qui menait au port avant les bassins,

Elles se pressaient, les vagues,
Lors de la marée,
Elles se bousculaient.

Elles avaient besoin
Que l’interminable
Soit fini pour elles.

l’oiseau a la mer ( Jules Tellier -1863-1889 )

Posted on Juin 03, 2011 under Poèmes marins | No Comment

Tout enfant, au sortir de la messe, un dimanche,
Voyant des gens en foule et m’arrêtant comme eux,
J’ aperçus près du môle un oiseau que la Manche
Avait pris tout vivant dans ses flots écumeux.

Il criait, s’enfonçait, sautait, battait des ailes;
Tandis que nous tenions la main à nos chapeaux,
Les vagues sans pitié se renvoyaient entre elles
Ce doux captif errant des prisons sans repos.

Jetant des cris perçants qu’un vent d’hiver emporte,
Et qu’étouffent les flots l’un sur l’autre choqués,
Il vint enfin, poussé d’une vague plus forte,
Briser son front débile au dur granit des quais.

Des yeux railleurs aussi me suivent de la côte;
Par la mer du destin saisi comme l’oiseau,
Je flotte et n’attends plus qu’une vague assez haute
Pour fracasser mon crâne à l’angle du tombeau.

Mais si nulle n’en veut finir entre ces vagues,
Faudra-t-il, d’épouvante et d’horreur agité,
Aux cris du vent confus mêlant mes plaintes vagues,
Errer de flots en flots pendant l’éternité ?

Le spectacle des flots ( Joseph-Etienne 1769-1811 )

Posted on Juin 03, 2011 under Poèmes marins | No Comment

Il traversa l’ Atlantique pour occuper des fonctions officielles aux Antilles. Il consacra un long poème didactique en huits chants à la navigation, poème dont nous donnons ici un extrait.

Oui, je reviens encore au spectacle des flots.
Un charme douloureux m’attache à ces tableaux;
Leur sombre majesté dans mon âme oppressée
Attendrit les regrets, élève la pensée,
Mobile comme l’onde au sein des vastes mers.
Que de fois, du sommet de ces rocs entr’ouverts,
Dont les flancs caverneux semblent vomir l’orage,
Contemplant à mes pieds les débris du naufrage,
Sur un tronc dépouillé de ses rameaux mouvants,
Au cri des alcyons, au murmure des vents,
Pleurant de mes beaux jours l’illusion ravie,
La tempête m’offrit l’image de ma vie !
Et quand les flots calmés le miroir onduleux
D’un soleil bienfaisant réfléchissait les feux,
Quand l’onde était sans trouble et l’auster sans haleine,
Le fragile canot qui, sur l’humide plaine,
Dans ce calme trompeur, élancé loin du port,
Ala fois du zéphyr abandonnait son sort,
Errant sur mille écueils sans crainte et sans défense,
A mon coeur agité rappelait mon enfance.

Don du vase rond ( Paul Claudel ) 1893

Posted on Juin 02, 2011 under Poèmes marins | No Comment

Bois ! je te donne ce vase rond comme la lune.
Et quand tu seras au milieu tu verras monter de la tasse la mer.
Et à chaque coup elle entrera dans ton gosier avec ses eaux et l’on voit des voiles au loin !
Et quand fléchissant sur tes genoux tu humeras les dernières gouttes.
La montagne recourbée qui dépasse le bord avec ses neiges atteint le milieu de ton front.
Et je ne dis point le breuvage, mais il sera pour ton coeur comme les ténèbres de la forêt.
Prends-la à deux mains, car étant profonde elle est pleine.
Prends-la, te dis-je ! prends- la ! prends ! prends !

sagesse ( Paul Verlaine ) extrait xv

Posted on Juin 02, 2011 under Poèmes marins | No Comment

La mer est plus belle
Que les cathédrales,
Nourrice fidèle,
Berceuse de râles,
La mer sur qui prie
La vierge Marie !

Elle a tous les dons
Terribles et doux.
J’entends ses pardons
Gronder ses courroux…
Cette immensité
N’a rien d’entêté.

On ! si patiente,
Même quand méchante !
Un souffle ami hante
La vague, et nous chante :
 » Vous sans espérance,
Mourez sans souffrance !  »

Et puis sous les cieux
Qui s’y rient plus clairs,
Elle a des airs bleus,
Roses, gris et verts…
Plus belle que nous,
Meilleure que nous !
Mourez sans souffrance !

pleine mer ( victor hugo 1802-1885 )

Posted on Juin 01, 2011 under Poèmes marins | No Comment

L’abîme;on ne sait quoi de terrible qui gronde;
Le vent; l’ obscurité vaste comme le monde;
Partout les flots; partout où l’oeil peut s’enfoncer,
La rafale qu’on voit aller, venir, passer;
L’onde, linceul; le ciel, ouverture de tombe;
Les ténèbres sans l’arche et l’eau sans la colombe;
Les nuages ayant l’aspect d’une forêt.
Un esprit qui viendrait planer là, ne pourrait
Dire, entre l’eau sans fond et l’espace sans borne,
Lequel est le plus sombre, et si cette horreur morne,
Faite de cécité, de stupeur et de bruit,
Vient de l’immense mer ou de l’immense nuit.

L’oeil distingue, au milieu du gouffre où l’air sanglote,
Quelque chose d’ informe et de hideux qui flotte,
Un grand cachalot mort à carcasse de fer,
On ne sait quel cadavre à vau-l’eau dans la mer;
Oeuf de titan dont l’homme aurait fait un navire.
Cela vogue, cela nage, cela chavire;
Cela fut un vaisseau; l’écume aux blancs amas
Cache et montre à grand bruit les tronçons de sept mâts;
Le colosse, échoué sur le ventre, fuit, plonge,
S’ engloutit, reparaît, se meut comme le songe,
Chaos d’agrès rompus, de poutres, de haubans;
Le grand mât vaincu semble un spectre aux bras tombants;
L’onde passe à travers ce débris; l’eau s’engage
Et déferle en hurlant le long du bastingage,
Et tourmente des bouts de corde à des crampons
Dans le ruissellement formidable des ponts;
La houle éperdument furieuse saccage
Aux deux flancs du vaisseau les cintres d’une cage
Où jadis une roue effrayante a touné;
Personne; le néant, froid, muet, étonné;
D’affreux canons rouillés tendent leurs cous funestes;
L’entre-pont a des trous où se dressent les restes
De cinq tubes pareils à des clairons géants,
Pleins jadis d’une foudre, et qui, tordus, béants,
Ployés, éteints, n’ont plus, sur l’eau qui les balance,
Qu’un noir vomissement de nuit et de silence;
Le flux et le reflux, comme avec un rabot,
Dénude à chaque coup l’étrave et l’étambot,
Et dans la lame on voit se débattre l’échine
D’une mystérieuse et difforme machine.
Cette masse sous l’eau rôde, fantôme obscur.
Des putréfactions fermentent, à coup sûr,
Dans ce vaisseau, perdu sous les vagues sans nombre;
Dessus, des tourbillons d’oiseaux de mer; dans l’ombre,
Dessous, des millions de poissons carnassiers.
Tout à l’ entour, les flots, ces liquides aciers,
Mêlent leurs tournoiements monstreux et livides,
Des espaces déserts sous des espaces vides.
O triste mer ! sépulcre où tout semble vivant !
Ces deux athlètes faits de furie et de vent,
Le tangage qui bave et le roulis qui fume,
Luttant sur ce radeau funèbre dans la brume,
Sans trêve, à chaque instant arrachent quelque éclat.
De la quille ou du pont dans leur noir pigilat;
Par moments, au zénith un nuage se troue,
Un peu de jour lugubre en tombe, et, sur la proue,
Une lueur, qui tremble au souffle de l’autan,
Blême, éclaire à demi ce mot: LEVIATHAN.
Puis l’apparition se perd dans l’eau profonde;
Tout fuit.

Léviathan; c’est là tout le vieux monde,
Apre et démesuré dans sa fauve laideur;
Léviathan, c’est là tout le passé: grandeur,
Horreur.

une nuit qu’on entendait la mer sans la voir . victor hugo ( 1802-1885 )

Posted on Juin 01, 2011 under Poèmes marins | No Comment

 » Que ferez-vous en exil ?
Je regarderai l’Océan. »
En fait, c’est toute la vie que Hugo a contemplé la mer, thème-obsession de nombreux poèmes. La tempête secoue ses strophes et l’éclair de l’orage souligne les images fracassantes qui déferlent dans les oeuvres marines de victor Hugo. Pour lui, la formidable force de la mer est le symbole du destin de l’homme comme il est celui de l’infini.

Quels sont ces bruits sourds ?
Ecoutez vers l’onde
Cette voix profonde
Qui pleure toujours
Et qui toujours gronde,
Quoiqu’un son plus clair
Parfois l’interrompe…
Le vent de la mer
Souffle dans sa trompe.

Comme il pleut ce soir !
N’est-ce pas, mon hôte ?
Là-bas, à la côte,
Le ciel est bien noir,
La mer est bien haute !
On dirait l’hiver ;
Parfois on s’y trompe…
Le vent de la mer
Souffle dans sa trompe.

Oh ! marins perdus !
Au loin, dans cette ombre,
Sur la nef qui sombre,
Que de bras tendus
Vers la terre sombre !
Pas d’ancre de fer
Que le flot ne rompe.
Le vent de la mer
Souffle dans sa trompe.

Nochers imprudents !
Le vent dans la voile
Déchire la toile
Comme avec les dents !
Là-haut pas d’étoile !
L’un lutte avec l’air,
L’autre est à la pompe.
Le vent de la mer
Souffle dans sa trompe.

C’est toi, c’est ton feu
Que le nocher rêve,
Quand le flot s’élève,
Chandelier que Dieu
Pose sur la grève,
Phare au rouge éclair
Que la brume estompe !
Le vent de la mer
Souffle dans sa trompe.

l’occident ( Alphonse de Lamartine 1790-1869 )

Posted on Juin 01, 2011 under Poèmes marins | No Comment

L’auteur a aimé la mer, et surtout celle de la Syrie et de l’ Italie , il rêvait de l’ océan pour écrire des épilogues. Il se référa à la mer dans de nombreux poèmes.

Et la mer s’apaisait comme une urne écumante
Qui s’abaisse au moment où le foyer pâlit,
Et, retirant du bord sa vague encor fumante,
Comme pour s’endormir, rentrait dans son grand lit;

Et l’astre qui tombait de nuage en nuage
Suspendait sur les flots un orbe sans rayon,
Puis plongeait la moitié de sa sanglante image,
Comme un navire en feu qui sombre à l’horizon;

Et la moitié du ciel pâlissait, et la brise
Défaillait dans la voile, immobile et sans voix;
Et les ombres couraient, et sous leur teinte grise
Tout sur le ciel et l’eau s’effaçait à la fois;

Et dans mon âme aussi, pâlissant à mesure
Tous les bruits d’ici-bas tombaient avec le jour,
Et quelque chose en moi, comme dans la nature,
Qui voile sans l’éteindre un immense foyer;

Et les ombres, les vents, et les flots de l’abîme,
Vers cette arche de feu tout paraissait courir,
Comme si la nature et tout ce qui l’anime
En perdant la lumière avait craînt de mourir.

La poussière du soir y volait de la terre;
L’écume à blancs flocons sur la vague y flottait;
Et mon regard, long, triste, errant, involontaire,
Les suivait, et de pleurs sans chagrins s’humectait.

Et tout disparaissait; et mon âme oppressée
Restait vide et pareille à l’horizon couvert;
Et puis il s’élevait une seule pensée,
Comme une pyramide au milieu du désert:

O lumière, où vas-tu? globe épuisé de flamme,
Nuages, aquillons, vagues, où courez-vous?
Poussières, écume, nuit; vous, mes yeux, et toi, mon âme,
Dites, si vous savez, où donc allons-nous tous?

O toi, grand Tout, dont l’astre est la pâle étincelle
En qui, la nuit, le jour, l’esprit vont aboutir!
Flux et reflux divin de vie universelle.
Vaste océan de l’ Etre où tout va s’engloutir !…

la mer (victor hugo 1802-1885 )

Posted on Juin 01, 2011 under Poèmes marins | No Comment

L’éclair, cet épervier, l’ouragan, ce pirate,
Hagards, questionnant la vague scélérate,
Criant au flot complice: Où sont-ils ? regardant
L’abîme âpre et jaloux qui répond en grondant,
A travers la nuit noire, horribles, pleins de joie
Vont, et de flot en flot courent, cherchant leur proie.

Les noirs vaisseaux sous les étoiles,
Vêtus du blanc linceul des voiles,
Glissent sur l’âpre gouffre amer,
Et sous leurs ailes les vents tiennent
La nuit lugubre où vont et viennent
Tous ces fantômes de la mer.

La mer roulait avec le bruit d’un char énorme;
Un bras, qui par moments sortait de l’ombre informe,
Sur le dos des flots noirs, de ténèbres construits,
Faisait claquer l’éclair, fouet sinistre des nuits.

Alors Dieu déchaîna les vents; ces tourmenteurs
Fondirent sur la mer de toutes les hauteurs,
Battant les rocs, tordant les flots, fouettant la brume,
Traînant la vague en pleurs par ses cheveux d’écume.

MATIN SUR LE PORT (Albert Samain 1859-1900 )

Posted on Juin 01, 2011 under Poèmes marins | No Comment

Le soleil, par degrés, de la brume émergeant,
Dore la vielle tour et le haut des mâtures;
Et, jetant son filet sur les vagues obscures,
Fait scintiller la mer dans ses mailles d’argent.

Voici surgir, touchés par un rayon lointain,
Des portiques de marbre et des architectures;
Et le vent épicé fait rêver d’aventures
Dans la clarté limpide et fine du matin.

L’étendart déployé sur l’ Arsenal palpite;
Et des petits enfants, qu’un jeu frivole exite,
Font sonner en courant les anneaux du vieux mur.

Pendant qu’un beau vaisseau, peint de pourpre et d’azur,
Bondissant et léger sur l’écume sonore,
S’en va, tout frissonnant de voiles, dans l’aurore.