Archives for Poèmes marins category

Port ( Raymond Queneau ) Le Havre 1920

Posted on Juil 28, 2011 under Poèmes marins | No Comment

Le mur qui s’allonge
et le toit qui plonge
les bois tout pourris
ne sont plus ici

La grue très oblique
les porcs les barriques
bien que disparus
sont rien moins que vus

Ce bateau sans grâce
près du ciel s’efface
laissant le jour gris
s’enfuir avec lui

Port de mer ( Léon Valade )

Posted on Juil 27, 2011 under Poèmes marins | No Comment

Ceux dont un désir âpre a fouetté sans trêve
La vie,_aventuriers, conquérants ou bandits, _
Dont l’action tenta les courages hardis
Et que n’engourdit point l’oisiveté du rêve

Ceux-là, je les envie ! Ils ont, de grève en grève,
Poursuivant le mirage heureux des paradis,
Trouvé dans leurs projets chaque jour agrandis,
Sans y penser, la fin de leur carrière brève.

Et moi, que longuement ronge un regret amer,
Habitant sédentaire et vieux d’un port de mer,
Je m’en vais, regardant les vagues balancées,

Sur les quais encombrés d’un confus appareil,
Parmi les agrès noirs qui fument au soleil,
Pour aspirer l’odeur des grandes traversées.

Au bord du quai ( Emile Verhaeren ) extraits

Posted on Juil 26, 2011 under Poèmes marins | No Comment

La mer tragique et incertaine,
Où j’ai traîné toutes mes peines !

Depuis des ans, elle m’est celle,
Par qui je vis et je respire,
Si bellement, qu’elle ensorcelle
Toute mon âme, avec son rire
Et sa colère et ses sanglots de flots ;
Dites, pourrais-je un jour,
En ce port calme, au fond d’un bourg,
Quoique dispos et clair,
Me passer d’elle ?

La mer ! la mer !

Elle est le rêve et le frisson
Dont j’ai senti vivre mon front.
Elle est l’orgueil qui fit ma tête
Ferme et haute, dans la tempête,
Ma peau, mes mains et mes cheveux
Sentent la mer
Et sa couleur est dans mes yeux ;
Et c’est le flux et le jusant
Qui sont le rythme de mon sang.

Pins, Pins, et sapins ( Raymond Queneau )

Posted on Juil 25, 2011 under Poèmes marins | No Comment

Le ciel, la mer saline et les rochers pleins d’eau
le coeur de l’anémone auprès des pins têtus
la marche auprès du ciel la marche auprès de l’eau
et la course assoiffée auprès des pins têtus

herbes mousses lichens et toutes les bestioles
le regard s’est perdu sous les sapins têtus
le regard qui s’égare après tant de bestioles
les peuples effarés sous les sapins têtus

le ciel la mer saline où sabre le soleil
tranche la tête plane aux sapins éperdus
se cabrant dans le ciel et se cabrant dans l’eau

tandis qu’une bestiole à l’ombre d’un lichen
cerne de son trajet le bois des pins têtus
sans qu’un regard disperse une route inutile

Au vieux Roscoff ( Tristan Corbière )

Posted on Juil 24, 2011 under Poèmes marins | No Comment

Trou de flibustiers, vieux nid
A corsaires !_ dans la tourmente,
Dors ton bon somme de granit
Sur tes caves que le flot hante…

Ronfle à la mer, ronfle à la brise ;
Ta corne dans la brume grise,
Ton pied marin dans les brisans…
_Dors : tu peux fermer ton oeil borgne
Ouvert sur le large, et qui lorgne
Les Anglais, depuis trois cents ans.

_Dors, vieille coque bien ancrée ;
Les margats et les cormorans
Tes grands poètes d’ouragans
Viendront chanter à la marée…

_Dors, vieille fille-à-matelots ;
Plus ne te faisaient une ceinture
Dorée, aux nuits rouges de vin,
De sang, de feu ! _ Dors…Sur ton sein
L’or ne fondra plus en friture.

_ Où sont les noms de tes amants…
_La mer et la gloire étaient folles ! _
Noms de lascars ! noms de géants !
Crachés des gueules d’espingoles…

Où battaient-ils, ces pavillons,
Echarpant ton ciel en baillons !…
_Dors au ciel de plomb sur tes dunes…
Dors : plus ne viendront ricocher
Les boulets morts, sur ton clocher
Criblé _ comme un prunier _ de prunes…

_Dors : sous les noires cheminées,
Ecoute rêver tes enfants,
Mousses de quatre-vingt-dix ans,
Epaves des belles années…
………………………………………….

Il dort ton bon canon de fer,
A plat-ventre aussi dans sa souille.
Grêlé par les lunes d’hiver…
Il dort son lourd sommeil de rouille,

_Va : ronfle au vent, vieux ronfleur,
Tiens toujours ta gueule enragée
Braquée à l’Anglais !… et chargée
De maigre jonc-marin en fleur.

Marine ( Maurice Fombeure )

Posted on Juil 23, 2011 under Poèmes marins | No Comment

Lasse de l’éternelle écume,
O Sirène, plonge sans bruit.
Si la mer touchait à la nuit,
Tu pourrais siffler dans la brume.

_Cette rivière d’écume te l’interdit.

Les poissons dans les vitrines
Et les soleils des méduses,
Tout était trop clair.
_ » Marins, ce lieu n’est pas sûr,
Dit la sirène de la mer. »

Ulysse en conçut des frayeurs
Et ne fit qu’un saut chez Calypso.

La trompette de cristal,
La conque aux cloisons sonores
Lance un regret, puis encore
Lance un regret  » capital  »
Regret du pays natal.

Il partit. C’était fatal…

Lasse de l’éternelle écume,
O Sirène, plonge sans bruit.

L’épuisant après-midi ( Louis Brauquier 1900-1976 )

Posted on Juil 22, 2011 under Poèmes marins | No Comment

Mes yeux sont brûlés d’images,
Mon coeur enferme le port,
Le sang des vieux abordages
Charge mes poings que je mords.

Par la hache et la balance,
Par l’orgueil du pavillon,
Par l’échange et la vengeance
Nous sommes sur les nations,

Comme la vigie de hune
Signale les continents.
Pilotés par la Fortune
Nous dévisageons le Temps.

Quand nous regardons nos veines,
Nous rappelons les départs,
Les galères phéniciennes,
La conquête du hasard,

Le matin sur la mer fraîche
Et le soleil sur les mâts,
Le retour des proues en flèche,
Le récit des noirs combats.

Nous cherchons un capitaine,
Qui complète l’armement
Avec une âme incertaine
Pleine de fièvre et de chants.

Je n’ai donc pu rêver ( Raymond Queneau 1903-1977 )

Posted on Juil 21, 2011 under Poèmes marins | No Comment

Je n’ai donc pu rêver que de fausses manoeuvres,
vaisseau que des hasards menaient de port en port,
de havre en havre et de la naissance à la mort,
sans connaître le fret ignorant de leur oeuvre.

Marins et passagers et navire qui tangue
et ce je qui débute ont même expression,
une charte-partie ou la démolition,
mais sur ce pont se livrent des combats exsangues.

Voici : le capitaine a regardé les nuages
qui démolissaient l’horizon,
il descend dans la cale où déjà du naufrage
se profile l’inclinaison.

Voici : les rats se sauvent
et plus d’un prisonnier trouve sa délivrance.
La coquille a viré pour courir d’autres chances,
et voici : l’on innove.

Que disent les marins ? ils grimpent aux cordages
en sacrant come des loups,
ils ont passé la ligne affublés en sauvages,
voulant encor faire les fous.

Voici : ce navire entre dans d’autres eaux,
d’autres mers où les orages
n’ont pas détruit le balisage,
et voici : les marins ont fermé leurs couteaux.

Voici : ce ne sont plus vers de faux rivages
que nous appareillons.
La vie est un songe, dit-on,
mais deux c’est trop pour mon âge.

le nègre bungalow ( Pierre Seghers 1906-1987 )

Posted on Juil 20, 2011 under Poèmes marins | No Comment

Le nègre Bungalow dans son île flottante
A quatre boules bleues, quatre boules de mer
Quatre étoiles d’or pur et quatre bulles d’air
Un chandelier d’argent dont les chandelles chantent.

Une harpe qu’Eole a touchée. Ses cheveux
Le nègre Bungalow les tisse sur les planches
Sa barque est enchantée sous sa peinture blanche
Il jongle, il joue, les jours qu’il pêche sont des jeux.

Il a deux cocotiers qui donnent des amandes
Un fusil de cristal, une bague de feu
Un grand voile de ciel qu’ il décloue quand il veut
draper d’azur et d’eau ses filles de lavande.

Il tangue sur son île où le voient les poissons,
Il passe, il rit, et les étoiles le préfèrent
Les sept mages postés aux bouches de la mer
L’annoncent : Il viendra… Les constellations

retroussent dans le ciel leurs cheveux de nuages
Andromède et Vénus l’attendent. Le chanteur
va venir, et les galaxies pressent leur coeur
C’est le fait de leur nuit qu’il boit à son passage.

Il s’en vient, il s’en va de L’Arctique au Pégal,
Il souffle le bonheur dans de grandes coquilles
Des sorciers bottés se rongent sous la quille
Et son cheval marin se fait un vrai cheval

Pégase, Bungalow, Icare, Poésie…

(  » Le Domaine public « , in Le Temps des merveilles )

Cris de sable ( Louis Guillaume 1907- 1971 ) Fortune de vent

Posted on Juil 19, 2011 under Poèmes marins | No Comment

Le jour blesse la mer qui se cabre et gémit
Et le silence obscur qui frémit en toi-même

Mais le ressac éclate au reproche du vent
Tandis que nul n’entend les cris de ta poitrine.

Seule une vague dort au tréfonds de l’abîme
Qui rêve d’apaiser à jamais la tempête.

Qui saura l’écouter, cette soeur de l’oubli,
Et lira sa chanson dédiée à l’écume ?

Et quel fou tenterait d’apprivoiser ces flots,
Tous ces mots de lumière enchaînés dans le sang,

Sinon celui qui veille au coeur de ton sommeil
Et qui ferme les yeux pour baliser la nuit ?