Les qualités du bois pour la marine, et ses défauts.

Posted on Déc 12, 2011 under Construction navale, les bois de marine | No Comment

QUALITES :

Le bois a son empreinte, tout comme celles de nos mains, il provient d’un être vivant,  » l’arbre « . Par conséquent, chaque essence a son identité, ainsi qu’à l’intérieur d’ une même essence. Cette identité est reconnaissable par des signes distinctifs de croissance, dureté, couleur provenant des conditions de vie dans laquelle l’arbre a évolué : qualité et épaisseur du sol, son exposition à la lumière sur tel ou tel versant, le drainage du sol pour son approvisionnement en eau, climat et syviculture, sans oublier les accidents météorologiques, ou de croissance, blessures etc…La qualité du bois est une notion toute relative en fonction de son utilisation, puisqu’à chaque usage, les professionnels savent où trouver la meilleure essence pour la charpente, les placages, l’ameublement et bien entendu à l’usage pour la construction marine tel que le chêne champêtre isolé à croissance rapide bien connu pour sa dureté. En forêt du Gâvre également, typique du bois recherché en construction navale. En ébénisterie, pour ne parler que du chêne, il sera tendre et on disait autrefois  » gras  » , facile à sculpter et à travailler du fait de ses fins accroissements homogènes, le plus souvent du chêne rouvre, mais en général du bois de futaie. Par contre, pour la marine, la meilleure qualité de bois sera dur, on disait « maigre « , et sera utilisé pour la structure du bateau, sa carcasse ou son squelette, on le retrouvera dans la quille, les varangues taillées dans des bois courbes et les couples, car il est soumis à des conditions particulières du milieu marin , humidité permanente dans les fonds, alternances de chaleur et de froid, et le manque de ventilation. Il sera durable et résistant à fort accroissement que l’on retrouvera en général dans le bois de taillis sous futaie, de bordures de futaie et d’arbres isolés, champêtres ou de haies, souvent du chêne pédonculé  » Quercus pedunculata qui possède d’autres noms, comme le chêne mâle, le chêne commun, le chêne blanc, stieleiche en Allemagne, common oak en Angleterre « . En qualité marine, le chêne utilisé pour la quille, les membrures ou les bordés sera différent. Contrairement à certaines idées reçues, quelques détails peuvent signaler une qualité marine : les dessins, les noeuds et les pattes de chat qui témoignent de la naissance de branches ou de brindilles sur le tronc. Ce sont des singularités qui apportent au bois, plus de cohésion et risquant moins de se fendre ; les bois de bordage ( chênes plus tendres ) présentant des pattes de chat ou des brognes ne sont pas un inconvénient…bien au contraire. En outre, pour ce qui concerne les chênes à accroissement rapide, chêne de lisière ou de bordure de route, présentant des  » bas branchus et brogneux  » ou  » à noeuds sains  » sont intéressants pour la construction marine, car ils présentent des formes comme les  » courbures  » , des  » baionnettes  » , des  » Y ou des angles  » entre le tronc et une branche imposante.

DEFAUTS PRINCIPAUX POUR LE BOIS DE MARINE :

Comme nous l’avons dit auparavant, le bois est un être vivant , et peut avoir des maladies ou certains défauts rédhibitoires en marine en affectant l’étanchéité du bateau et sa durée de vie. Pour les principales, ce seront : la cadranure, la roulure, la gélivure, la lunure, la fibre torse, la pourriture rouge, les blessures.

LA CADRANURE :
C’est la présence d’une ou plusieurs fentes radiales partant du coeur sans atteindre l’écorce, elle se présente en forme de coeur étoilé. L’arbre pouvant etre utilisé dans sa partie supérieure si la candranure ne monte pas trop haut dans celui-ci à condition de la purger. Ce défaut peut provenir du gel ou du retrait du bois.

LA ROULURE :
C’est un accident résultant principalement d’une pliure à l’excès de l’arbre, lors d’une tempête ou d’un grand coup de vent. C’est un décollement de deux couches annuelles du bois, qui sous la contreinte, a fait, de même qu’un ressort à lames, glisser deux couches du tronc, sans la rompre. De ce fait, le cylindre interne du bois a coulissé comme un piston dans un cylindre extérieur. Le bois ainsi décollé se retrouve inutilisable surtout en construction marine par risque de rentrée d’eau. La roulure peut apparaître aussi bien sur de jeunes arbres, comme au bout de 150 ans sur des chênes tricentenaires.

LA GELIVURE :
Comme son nom l’indique, c’est le gel qui en est la cause, car par grand froid les arbres peuvent éclater à la manière d’un coup de feu. Impressionnante la fente qui peut s’ouvrir du sol jusqu’à parfois six mètres de haut sur une génératrice. D’apparence, la fente semble se cicatriser, car l’écorce se refermera sur la plaie. Mais reclaquera de nouveau au prochain gel et son bois éclaté sera inutilisable sur toute la partie blessée qui est souvent la plus intéressante.

LA LUNURE :
Elle est connue sous le nom de double aubier, se présente sous forme annulaire ou en forme de croissant de bois non duramisé. Mais l’aubier ( zone périphérique de l’arbre ) et la lunure n’ont pas la durabilité d’un bois excellent ; le bois  » luné  » se décompose en quelques années, pouvant favoriser l’entrée de pourritures contaminant les arbres sains. Ce bois  » luné  » est absolument interdit dans l’usage en construction navale ainsi que dans les arsenaux.

LA FIBRE TORSE :
Peut importe le sens, elle donne un aspect vrillé à l’arbre. Les pièces de bois taillées dans un bois à fibres torse ont un fort risque de déformation grave avec les variations de l’humidité ; de surcroît, elles seront fragilisées, les fibres ayant été coupées par l’équarrissage. Toute pièce de ce même bois , soumise à de gros efforts de torsion , comme la mèche de gouvernail sera absolument interdite et déconseillée pour les quilles et les étambots.

LA POURRITURE ROUGE :
C’est un début d’altération que l’on rencontre sur les vieux chênes, affectant la durabilité de leur bois, elle interdit leur utilisation en construction marine.

LES BLESSURES :
L’ écorce de l’arbre est protectrice contre toutes sortes d’attaques, que ce soit les parasites, l’ écorçage par certains animaux, l’exploitation dans les forêts, les frottures d’abattage et de débardage…Toute blessure est grave car , plus ou moins bien cicatrisée, c’est une ouverture aux pourritures et aux champignons. Certaines blessures anciennes, bien que d’apparence soient cicatrisées et que l’écorce se soit refermée, cachent au coeur de l’arbre des atteintes parfois centenaires qui rendent le bois impropre à toute utilisation , et surtout dans la construction navale.

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