l’occident ( Alphonse de Lamartine 1790-1869 )

Posted on Juin 01, 2011 under Poèmes marins | No Comment

L’auteur a aimé la mer, et surtout celle de la Syrie et de l’ Italie , il rêvait de l’ océan pour écrire des épilogues. Il se référa à la mer dans de nombreux poèmes.

Et la mer s’apaisait comme une urne écumante
Qui s’abaisse au moment où le foyer pâlit,
Et, retirant du bord sa vague encor fumante,
Comme pour s’endormir, rentrait dans son grand lit;

Et l’astre qui tombait de nuage en nuage
Suspendait sur les flots un orbe sans rayon,
Puis plongeait la moitié de sa sanglante image,
Comme un navire en feu qui sombre à l’horizon;

Et la moitié du ciel pâlissait, et la brise
Défaillait dans la voile, immobile et sans voix;
Et les ombres couraient, et sous leur teinte grise
Tout sur le ciel et l’eau s’effaçait à la fois;

Et dans mon âme aussi, pâlissant à mesure
Tous les bruits d’ici-bas tombaient avec le jour,
Et quelque chose en moi, comme dans la nature,
Qui voile sans l’éteindre un immense foyer;

Et les ombres, les vents, et les flots de l’abîme,
Vers cette arche de feu tout paraissait courir,
Comme si la nature et tout ce qui l’anime
En perdant la lumière avait craînt de mourir.

La poussière du soir y volait de la terre;
L’écume à blancs flocons sur la vague y flottait;
Et mon regard, long, triste, errant, involontaire,
Les suivait, et de pleurs sans chagrins s’humectait.

Et tout disparaissait; et mon âme oppressée
Restait vide et pareille à l’horizon couvert;
Et puis il s’élevait une seule pensée,
Comme une pyramide au milieu du désert:

O lumière, où vas-tu? globe épuisé de flamme,
Nuages, aquillons, vagues, où courez-vous?
Poussières, écume, nuit; vous, mes yeux, et toi, mon âme,
Dites, si vous savez, où donc allons-nous tous?

O toi, grand Tout, dont l’astre est la pâle étincelle
En qui, la nuit, le jour, l’esprit vont aboutir!
Flux et reflux divin de vie universelle.
Vaste océan de l’ Etre où tout va s’engloutir !…

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