l’oiseau a la mer ( Jules Tellier -1863-1889 )

Posted on Juin 03, 2011 under Poèmes marins | No Comment

Tout enfant, au sortir de la messe, un dimanche,
Voyant des gens en foule et m’arrêtant comme eux,
J’ aperçus près du môle un oiseau que la Manche
Avait pris tout vivant dans ses flots écumeux.

Il criait, s’enfonçait, sautait, battait des ailes;
Tandis que nous tenions la main à nos chapeaux,
Les vagues sans pitié se renvoyaient entre elles
Ce doux captif errant des prisons sans repos.

Jetant des cris perçants qu’un vent d’hiver emporte,
Et qu’étouffent les flots l’un sur l’autre choqués,
Il vint enfin, poussé d’une vague plus forte,
Briser son front débile au dur granit des quais.

Des yeux railleurs aussi me suivent de la côte;
Par la mer du destin saisi comme l’oiseau,
Je flotte et n’attends plus qu’une vague assez haute
Pour fracasser mon crâne à l’angle du tombeau.

Mais si nulle n’en veut finir entre ces vagues,
Faudra-t-il, d’épouvante et d’horreur agité,
Aux cris du vent confus mêlant mes plaintes vagues,
Errer de flots en flots pendant l’éternité ?

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